Retour sur (presque) 3 ans au Bénin

J’aurais vraiment aimé pouvoir vous dire que le Bénin a été un coup de coeur, comme certains autres pays l’ont été par le passé, mais malheureusement, ce n’est pas le cas.

Après la période d’installation initiale, j’avais l’impression d’avoir trouvé une routine solide, un bon cercle social et que les années à venir seraient plutôt tranquilles. Cependant, comme je l’expliquais à la fin de mon dernier article, lorsque la « période de lune de miel » a pris fin, la réalisation que cette nouvelle vie allait être ma vie pas seulement pour quelques mois, mais pour plusieurs ANNÉES, m’a frappée fort. Ça m’a frappée encore plus fort parce qu’à ce moment-là, je savais déjà que je n’étais pas en amour avec ce pays, et donc la durée de notre période ici est devenue un peu apeurante. Malgré tout, j’étais déterminée à garder un état d’esprit positif et à tirer le meilleur de notre temps ici. Malheureusement, la vie (surtout beaucoup de malchance!) m’a rendu la tâche difficile la plupart du temps.

Les problèmes de maison

Comme je l’ai mentionné dans mon dernier article, la maison dans laquelle nous avions emménagé était vraiment problématique. Après six mois, on était encore pris avec des réparations à répétition. Les réparations telles quelles n’étaient pas le problème. Ce qui me drainait vraiment, c’était l’attitude des différents « professionnels »… et leur façon de travailler.

Pour ceux qui me connaissent un peu, vous savez que je suis perfectionniste et assez exigeante quand il est question de travail bien fait. Ce qui me rendait complètement folle, c’était de voir que les gens envoyés par la compagnie de gestion du propriétaire de la maison faisaient les choses à moitié, sans vraiment s’appliquer. Vraiment du botchage! J’ai même demandé à certains d’entre eux pourquoi ils ne faisaient pas simplement le travail correctement la première fois. Leur réponse? Que ce n’était pas nécessaire de le faire parfaitement, parce que c’était « suffisant pour le moment ».

Les solutions rapides, temporaires, c’était la norme. Et pour moi, c’était vraiment difficile à accepter. Parce que ça voulait dire une chose : que ça allait encore briser la semaine suivante, et que j’allais devoir leur demander de revenir réparer… encore, et encore, et ENCORE.

Et comme si ce n’était pas assez, ce qui m’énervait encore plus, c’était qu’ils ne prenaient jamais aucune responsabilité. Si quelque chose était encore brisé, ce n’était jamais parce que la réparation précédente avait été mal faite. Non non. C’était le vent. Ou le sable. Ou la pluie. Ben ouiiiiiii toi…

Cette mentalité, à laquelle j’étais confrontée au quotidien à ce moment-là, m’a malheureusement vraiment refroidie par rapport au pays en général. Ça peut sembler injuste, mais comme je passais la majorité de mon temps à gérer ce genre de situations frustrantes, c’est aussi ce qui a le plus influencé l’opinion que je me suis faite de mon expérience ici.

Ce qui me fait habituellement tomber en amour avec un endroit, ce sont les gens et la culture. Mais ici, j’avais tellement de difficulté avec la mentalité (qui était contraire à la mienne) que ça ne s’est malheureusement jamais transformé en histoire d’amour. Chaque interaction me vidait de mon énergie : je ne voyais qu’un manque de responsabilisation, de vision à long terme et d’efficacité. Toute la logique semblait être à l’opposé de la mienne, et j’ai trouvé ça extrêmement confrontant.

Je tiens à faire une précision : je ne dis pas que la façon de faire ici est mauvaise. Ce que je dis, c’est qu’elle n’était tout simplement pas alignée avec ce que j’aime et avec ce à quoi je suis habituée. Et vivre au quotidien dans une culture aussi différente de la mienne a donc été difficile, pour moi, personnellement. C’est une question de préférence personnelle, tout simplement.

Ce qui est quand même drôle, c’est d’entendre aussi des Béninois (surtout ceux qui sont allés étudier et vivre en France ou ailleurs pendant un certain temps) se plaindre eux aussi de la façon dont les choses fonctionnent ici. J’imagine que ça prouve à quel point vivre à l’étranger peut réellement changer notre perception de notre propre pays!

Un peu comme moi aujourd’hui, qui m’impatiente avec les processus de paperasse au Canada, après avoir connu le système digital, efficace et simple des Pays-Bas. Tout est relatif, au final. Il y a des avantages et des inconvénients partout, et des pays qui correspondent plus à ce qu’on aime que d’autres.

Coupures d’eau

Ceci étant dit, revenons à nos problèmes de maison. Après les premiers mois déjà passés à tout réparer, les problèmes d’eau se sont intensifiés. Pendant toute l’année qui a suivi, on a commencé à avoir des coupures d’eau presqu’une semaine sur deux.

On a un grand réservoir d’eau pour fournir la maison en cas de coupure, mais à ce stade-là, ce n’était tout simplement plus suffisant. Il y avait tellement peu d’eau qui arrivait jusqu’à chez nous que le réservoir nous durait environ une semaine… puis on se retrouvait à nouveau sans eau. Je vous laisse imaginer ça à répétition pendant un an.

Le plombier nous répétait que c’étaient des coupures générales dans tout le quartier, parce que la ville faisait de gros travaux routiers et perçait des tuyaux par erreur pendant les travaux. Résultat: on devait appeler les pompiers au moins une fois par mois pour qu’ils viennent remplir notre réservoir avec leur camion-citerne.

Cette partie-là de notre quotidien m’a vraiment fait suer. La moitié du temps, on ne pouvait pas prendre de douche, on ne pouvait pas faire la vaisselle et, surtout, on ne pouvait pas tirer la chasse d’eau de la toilette. Et ça c’était franchement dégueulasse.

Chaque jour était une surprise: est-ce qu’on allait avoir de l’eau ou pas ? Les premières fois où on a dû se laver avec des bouteilles d’eau, c’était excitant et drôle. Ça me faisait sentir aventureuse. Mais comme vous pouvez imaginer… après une année complète, ce n’est plus drôle.

Pour notre deuxième Noël au Bénin, on a décidé de rester à Cotonou et de ne pas partir en voyage. Les parents de Daniël sont venus nous visiter, et on était vraiment contents qu’ils aient fait le voyage pour être avec nous. Mais le jour du réveillon de Noël, encore une fois : pas d’eau courante.

Comme d’habitude, j’ai appelé la SONEB (la compagnie d’eau de la ville) pour leur demander de venir vérifier pourquoi on n’avait encore une fois pas d’eau. Le technicien est venu et a confirmé que l’eau arrivait bien de la ville, mais que le problème venait de notre surpresseur, qui n’amenait pas l’eau jusqu’au réservoir. J’ai donc appelé le plombier pour qu’il vienne régler cela.

Lorsqu’il est arrivé, il a juste croisé les bras et dit : « J’ai bien fait mon travail, il n’y a aucun problème. » Je lui ai demandé s’il pouvait au moins regarder, puisque l’eau arrivait de la ville et qu’il devait donc forcément y avoir une raison pour laquelle elle ne se rendait pas jusqu’à la maison. Il a simplement répondu : « Non. »

Après des heures à m’obstiner avec lui et à le supplier de faire quelque chose, il est juste resté là, les bras croisés, à refuser de faire quelque chose. À ce moment-là j’ai explosé de colère. Un an de problèmes d’eau, c’est Noël, le gars s’est déplacé jusqu’ici et refuse tout simplement de travailler. Je n’en revenais pas. Je me suis mise à lui crier après. Notre agent de sécurité aussi s’est mis à lui crier dessus (eux non plus n’avaient pas d’eau dans leur guérite). Mais même malgré ça, il continuait de répéter que ce n’était « pas de sa faute » si on n’avait pas d’eau.

À ce moment-là, j’ai décidé de rappeler le gars de la SONEB pour qu’il puisse débattre avec le plombier de à qui revenait la faute. Le technicien est revenu, a ouvert le robinet de la ville et a carrément dit au plombier qu’il était un imbécile. Et là… miracle. Après UNE JOURNÉE COMPLÈTE passée chez nous, les bras croisés sur la poitrine, à refuser de faire quoi que ce soit, le plombier s’est finalement mis à travailler. ALLÉLUIA!

L’agent de la SONEB nous a ensuite expliqué que c’était probablement aussi notre plomberie qui nous empêchait d’avoir de l’eau depuis près d’un an, puisque, de leur côté, les problèmes n’étaient pas SI fréquents que ça. Je me suis tournée vers le plombier (il était venu chez nous vraiment souvent au cours de la dernière année pour « réparer » notre plomberie, mais répétait toujours qu’il n’y avait aucun problème). Il a baissé les yeux, comme un enfant qui se fait chicaner, mais sans jamais s’excuser ni reconnaître le moindre tort.

J’ai alors décidé d’envoyer un message vocal enragé à la compagnie de gestion du propriétaire de la maison. Leur « super » plombier (ils insistaient pour qu’on travaille uniquement avec lui, pour ne pas risquer « d’empirer la maison ») nous avait fait vivre un vrai enfer pendant un an, par pur ego et par paresse. Là, c’était too much. Je n’en pouvais plus.

Électricité

Vous pensez que c’est déjà beaucoup? Attendez, ce n’est pas fini. Le lendemain, le jour de Noël, pas d’électricité. Apparemment le disjoncteur général de la maison était trop vieux et a tout simplement rendu l’âme. Et je vous rappelle qu’il avait été « réparé » seulement quelques mois plus tôt, quand les électriciens avaient refait tout le circuit électrique de la maison. Quand je dis qu’ils ne font que des réparations à court terme…

Heureusement, l’électricien a pu venir rapidement et, surtout, il nous a écoutés. Il a compris notre exaspération de voir que tout était toujours brisé. Il a accepté de travailler sur une solution plus long-terme, ce qu’on a vraiment apprécié. Il a réglé le problème en moins de 24 heures et on s’est dit : bon, là, on devrait être bons. Au moins, ça a donné aux parents de Daniël un vrai aperçu de ce avec quoi on vivait depuis un an. Disons qu’ils ont parfaitement compris mon découragement.

Malheureusement pour nous, deux jours plus tard, le jardinier du voisin a coupé le câble Wi-Fi (qui alimente toute notre rue) en taillant des branches. Résultat : deux jours complets sans Internet. Moins pire que de ne pas avoir d’eau ou d’électricité, bien sûr, mais rendu là, on s’arrachait littéralement les cheveux (enfin, surtout moi, parce que Daniël, lui, les avait déjà tous perdus à cause des malchances accumulées de la dernière année).

Depuis, ça va mieux. Beaucoup moins de coupures d’eau et plus de problèmes d’électricité, donc la vie a enfin commencé à être un peu moins lourde ici. Malheureusement, ce n’était pas la seule chose qui se passait à ce moment-là.

Sécurité aux frontières

Frontière du Bénin

Je ne m’étais jamais sentie ciblée à cause de ma citoyenneté avant. Bien sûr, quand je vivais aux Maldives, plusieurs personnes avec qui je travaillais me demandaient de les aider à immigrer au Canada. Mais ma réponse a toujours été la même : je ne suis pas agente d’immigration. Je n’ai absolument aucune connaissance du processus d’immigration vers le Canada. Je ne l’ai jamais vécu moi-même, puisque je suis née au Canada. Allez sur Canada.ca pour comprendre comment ça fonctionne. Bonne chance.

Au Bénin, ce n’est pas quelque chose qui arrive si souvent. Beaucoup de Béninois ont déjà de la famille qui vit au Canada et ne souhaitent pas nécessairement faire la même chose (notamment à cause des hivers froids, ce qui est très compréhensible!). Par contre, c’est arrivé deux fois, en revenant de voyage, que j’aille eu des problèmes au contrôle des passeports à l’aéroport.

Un agent traite mon arrivée, puis me demande d’aller le voir de l’autre côté de la petite cabine vitrée, en gardant mon passeport canadien avec lui. Une fois de l’autre côté, où personne ne peut entendre, il me dit qu’il me rendra mon passeport si je l’aide à immigrer au Canada. Je lui donne ma réponse habituelle, que je dois répéter deux ou trois fois avant qu’il finisse par abandonner. Puis, il me redonne mon passeport et me laisse partir.

Le sentiment que mon passeport est retenu « en otage » si je refuse d’aider (alors que je n’ai absolument aucune obligation de le faire) me frustre profondément et me fait me sentir en danger. Et, honnêtement, c’est aussi juste vraiment gossant.

Frontière du Togo & Ghana

Cependant, ma pire expérience a eu lieu en octobre 2024, à la frontière entre le Togo et le Ghana, lors d’un voyage à Accra. Nous traversions la frontière en voiture. Daniël et un autre homme ont pu passer sans aucun problème. Moi, par contre, j’ai clairement été ciblée.

D’abord, l’agent d’immigration (en tenue militaire, avec un fusil à la ceinture) m’a forcée à faire un appel vidéo avec un de ses cousins qui vit au Canada. Je ne sais toujours pas quel était le but de tout ça, mais je suis restée polie et cordiale. Ensuite, l’agent m’a amenée dans un bureau où se trouvaient deux autres agents armés. Il a fermé la porte. Daniël a dû rester de l’autre côté.

Déjà là, je me sentais extrêmement mal à l’aise : une femme, enfermée dans une pièce, avec trois hommes armés. Au début, l’agent m’a posé des questions « normales » sur le but de mon voyage au Ghana, ce qui était correct. Mais ensuite, il a commencé à me demander mon adresse au Bénin et comment, précisément, il pourrait trouver ma maison (puisque les adresses n’existent pas vraiment au Bénin).

Je lui ai demandé pourquoi il voulait cette information. Il m’a répondu que c’était parce qu’il aimerait venir me rendre visite. J’ai refusé de répondre (le plus gentiment possible) en lui disant qu’en tant que conjointe de diplomate, l’ambassade des Pays-Bas m’interdisait de divulguer ce genre d’information et qu’il pouvait contacter l’ambassade s’il souhaitait effectuer une visite officielle au Bénin. C’était un mensonge, mais c’est la seule chose qui m’est venue en tête sur le coup.

Il a ensuite commencé à me poser des questions sur l’adresse de mes parents au Canada, en justifiant ça par le fait que ma famille devrait l’héberger, lui et des membres de sa famille, au Canada. Là encore, j’ai refusé de divulguer cette information.

Ensuite, il m’a demandé mon numéro de téléphone et s’est préparé à l’écrire sur un Post-it. Je lui ai gentiment répondu que j’avais déjà inscrit cette information sur la demande de visa officielle que j’avais remplie en ligne et que je ne comprenais donc pas pourquoi il avait besoin de l’écrire de nouveau sur un bout de papier. Il m’a répondu que c’était parce qu’il voulait rester en contact avec moi. J’ai encore une fois refusé, poliment, en lui disant que je ne souhaitais pas rester en contact et que je voulais parler à mon mari (Daniël et moi n’étions pas encore mariés à ce moment-là, mais en Afrique de l’Ouest, je disais déjà que nous l’étions, parce que ça m’évitait bien des problèmes).

Il a finalement laissé tomber et a poursuivi avec la prise de mes empreintes digitales. Quand j’ai mis ma main sur l’écran, il a mis sa main sur la mienne et a commencé à la caresser doucement, en me regardant de manière très intense. J’ai retiré ma main immédiatement et je lui ai dit que je ne souhaitais pas être touchée.

À ce moment-là, je transpirais à grosses gouttes. Je disais non à un homme armé, enfermée dans une pièce, avec deux autres hommes armés derrière moi, qui observaient chacun de mes gestes. Tout pouvait arriver. Mon anxiété était à son maximum.

Finalement, il m’a laissée partir. Je crois que je n’ai jamais été aussi soulagée que lorsqu’il a ouvert la porte et que j’ai aperçu le visage de Daniël. C’est seulement à ce moment-là que j’ai réalisé que je retenais mon souffle depuis un moment. On est rapidement retournés à l’auto et on a repris la route.

J’étais tellement fâchée de ce qui venait de se passer. C’était assez évident que j’avais été ciblée. Daniël, comme les autres hommes, n’avait pas eu à faire tout ça. J’étais vraiment dégoûtée.

Sur le chemin du retour vers Cotonou, on a encore eu des problèmes à la frontière Ghana-Togo, cette fois-ci du côté togolais. On passait tranquillement devant l’agent en voiture, qui a fait signe à Daniël qu’on pouvait continuer. Puis il m’a vue. Et là, soudainement, il s’est mis à nous crier de nous arrêter et d’aller passer le contrôle de vaccins. On ne comprenait pas trop pourquoi ma présence changeait quelque chose. Encore une fois, je me suis sentie clairement discriminée. Un homme pouvait passer sans problème, mais une femme devait se faire checker? On a dû sortir de la voiture et attendre pour montrer nos carnets de vaccination, qu’ils ont simplement notés dans un énorme livre. Ensuite, on a pu repartir sans autre incident. C’était juste… vraiment étrange et frustrant.

Ce qui est quand même un peu drôle, c’est que la frontière en tant que telle consiste littéralement en une corde, tenue par deux personnes (une de chaque côté). Une fois que les gens dans la voiture sont passés par l’immigration, ils font seulement baisser la corde pour les laisser passer. On peut voir la corde sur la photo de gauche ci-dessous.

Problèmes de santé

Malaria (paludisme)

Au début de notre deuxième année ici, j’ai aussi attrapé la malaria pour la première fois. Ça m’a quand même fait peur. Je me suis réveillée soudainement, avec le dos complètement bloqué et de la fièvre. Heureusement, le traitement est assez simple. J’ai appelé MEDOM (le service de médecins à domicile), qui est venu prendre une prise de sang. J’ai reçu le résultat positif au parasite quelques heures plus tard et j’ai commencé le traitement (trois grosses pilules, une par jour).

Le bon côté, c’est que la malaria est tellement courante au Bénin qu’ils sont habitués à la traiter, et les médicaments sont efficaces. Par contre, les comprimés frappent vraiment fort : à un moment, j’étais tellement faible que j’avais de la difficulté à ouvrir les yeux. Mais une fois le traitement terminé, on se remet sur pied vraiment rapidement.

E.Coli

Durant notre deuxième année, j’ai malheureusement encore eu quelques intoxications alimentaires, mais à ce stade, j’étais presque rendue « habituée ». Par contre, en juin 2025, j’ai attrapé une bactérie qui m’a envoyée directement à l’hôpital.

Je me suis vidée complètement en plein milieu de la nuit et je me suis déshydratée tellement rapidement que Daniël a à peine eu le temps de m’amener à l’hôpital avant que je perde connaissance sur le lit à l’urgence. J’étais tellement déshydratée que mon corps se mettait à se crisper dans des positions vraiment étranges.

J’ai été hospitalisée pendant trois jours, ce qui était une expérience en soi. Ils m’ont immédiatement donné plusieurs antibiotiques par intraveineuse, sans même savoir exactement ce que j’avais, pour être certains de couvrir toutes les options possibles. Il s’est avéré que c’est la bactérie E. Coli que j’ai attrapé (je l’ai appris seulement quelques mois plus tard, lorsque j’ai fait des tests au Canada).

À un moment donné, l’aiguille de mon soluté est sortie de la veine et le liquide a commencé à se diffuser dans mes tissus. Mon bras est devenu hyper gonflé et ça brûlait de façon atroce. Leur solution a été de se mettre à me frapper le bras vraiment fort. Je pleurais de douleur. Je leur ai demandé de simplement enlever le soluté, puisque je me sentais déjà mieux et que je pouvais continuer les antibiotiques par voie orale. Ils ont répondu « non, on va juste te piquer dans l’autre bras ». J’ai refusé. Une médecin est aussi venue me parler de mon traitement… avant de se rendre compte qu’elle s’était trompée de patiente. À ce moment-là, j’ai commencé à me sentir vraiment pas en sécurité et j’ai demandé de quitter l’hôpital.

Accidents de voiture

Un mois plus tard, on a eu un accident d’auto. Je tournais à droite pour entrer dans la rue où on habite et une moto a décidé de nous dépasser par la droite. Il était tellement certain qu’il passerait que, au moment de l’impact, il roulait carrément sur le trottoir. Il n’était absolument pas visible quand j’avais commencé à tourner, et donc j’ai été vraiment confuse quand il nous a rentré dedans. Mais des gens dans la rue m’ont expliqué qu’il arrivait à environ 70 km/h et qu’il avait tenté de me dépasser par le trottoir comme un fou furieux.

Une chose qu’on apprend très vite au Bénin, c’est qu’il est presque impossible de quitter avec une voiture intacte. Les gens ici conduisent comme s’ils étaient dans des autos tamponneuses. Ils veulent dépasser? Ils rentrent dans ta voiture pour te forcer à les laisser passer. Ils veulent merger? Ils ne regardent pas si une voiture arrive. Ils y vont et s’attendent à ce que les autres freinent à la dernière seconde pour éviter de leur rentrer dedans. Ils croient fermement que « Dieu va les protéger ». Ouais ouais, Dieu ça doit être moi parce que c’est moi qui freine pour les protéger!

Avec les motos (appelées localement des zems) c’est encore pire. Non seulement ils ne regardent pas, mais il leur arrive même de pousser sur ta voiture avec leurs pieds pour se faufiler dans un espace trop étroit. C’est assez divertissant, honnêtement… ça te garde alerte! Ils transportent aussi toutes sortes de choses sur leurs zems, ce que je trouve franchement impressionnant.

Mais cette fois-ci, ça a vraiment frappé fort. Il est rentré dans notre roue avant et a arraché notre rétroviseur droit. J’ai eu vraiment peur et je me suis vraiment sentie en danger. Oui, un accident de voiture peut arriver n’importe où, dans n’importe quel pays. Mais ici, la différence, c’est que si c’est grave, ça se peut très bien qu’ils n’aient pas les capacités médicales pour nous sauver. Et ça, c’est impossible pour moi de ne pas y penser.

J’étais hors de moi. Le conducteur a admis qu’il avait vu mon clignotant et que j’avais commencé à tourner, mais qu’il pensait avoir « assez de temps ». Je n’arrivais pas à croire qu’il ait consciemment pris la décision de mettre nos vies (et la sienne !) en danger de façon aussi stupide. Heureusement, personne n’a été blessé. Heureusement aussi, il y avait beaucoup de témoins et tout le monde a confirmé qu’il était responsable. La police est arrivée et a confisqué sa moto.

Impliquer la police (pour pouvoir réclamer les dommages à nos assurances) a aussi été une expérience un peu cocasse. Le policier a dessiné la scène à la main sur une feuille, en prenant des mesures et tout. Puis il m’a simplement dit que c’était à moi de décider quand ils pouvaient rendre la moto au motocycliste, puisque j’étais la victime. J’ai trouvé ça très étrange que ce soit ma décision, mais finalement j’ai dit qu’ils pouvaient la lui rendre après une semaine.

Moins d’une semaine plus tard, j’étais passagère dans une voiture avec un chauffeur qui m’amenait à la compagnie d’assurance (pour réclamer les dommages de mon accident), quand une moto nous a percutés. La voiture dans laquelle j’étais était un énorme VUS et un agent de sécurité bloquait la route pour nous laisser passer. Le motocycliste a dit qu’il ne nous avait jamais vus. Il a ensuite fait semblant d’être gravement blessé (ils font souvent ça pour essayer d’obtenir de l’argent), mais quand il a compris qu’il ne gagnerait pas sa cause, sa douleur a miraculeusement disparu. Mais deux accidents en une semaine… c’était un peu trop pour moi.

Malaria (encore!) et rapatriation

En novembre 2025, j’ai attrapé la malaria pour la deuxième fois. Cette fois-ci, c’était moins stressant puisque je l’avais déjà eue, donc je connaissais la marche à suivre. Prise de sang. Résultat positif au parasite. Prendre les pilules. Nouvelle prise de sang pour confirmer que c’est parti. Simple, efficace.

Sauf que juste après avoir terminé mon traitement contre la malaria, j’ai recommencé à me vider complètement et à me sentir étourdie. Ce que j’avais attrapé était aussi accompagné de crampes au ventre vraiment intenses, au point où je me tordais de douleur dans tous les sens. Je pleurais tellement j’avais mal, donc on s’est précipités à l’hôpital, où ils m’ont administré quelque chose contre les crampes en urgence.

Apparemment j’avais attrapé une infection virale la même semaine que la malaria. Disons que niveau malchance, c’était rendu next level.

Je n’ai été hospitalisée que quelques heures, parce que l’hôpital était plein et ils n’avaient de places qu’à l’urgence. Mais à ce stade, mon système nerveux était complètement en panique. Un hôpital au Bénin était littéralement le dernier endroit où j’avais envie de me retrouver à nouveau. Les médecins font vraiment de leur mieux, mais le Bénin n’est malheureusement pas reconnu pour la qualité de ses soins de santé. C’était trop. Les derniers mois avaient été too much. Trop d’événements stressants accumulés en une courte période de temps.

La même semaine, j’avais aussi passé un scan CT, parce que mon médecin soupçonnait aussi un problème aux reins et donc je devais consulter un spécialiste (finalement, tout va bien de ce côté!). Mais entre les reins, l’infection virale et la malaria, tout dans la même semaine, c’était devenu beaucoup trop stressant pour moi de rester dans un endroit où je ne me sentais pas en sécurité médicalement parlant. On a donc pris la décision de me rapatrier aux Pays-Bas.

Moins de 24 heures plus tard, j’étais dans un avion, de retour dans un pays où j’avais plus confiance aux soins de santé. En arrivant, j’ai beaucoup pleuré. J’avais l’impression que mon système nerveux pouvait enfin commencer à relâcher.

Finalement, c’était un excellent timing pour moi d’avoir tous ces problèmes de santé à ce moment-là et d’avoir été rapatriée, parce que la semaine suivante, alors que Daniël et moi étions encore aux Pays-Bas, il y a eu une tentative de coup d’état à Cotonou. Une partie de l’armée a tenté de renverser le gouvernement en place et, pour se défendre, le gouvernement a fait appel à l’aide militaire des pays voisins qui ont, entre autres, bombardé la base militaire qui se trouve à quelques rues de chez nous. Nos amis à Cotonou ont tous dit que c’était une bonne chose que nous n’étions pas à la maison, car ça a fessé fort dans notre quartier. Comme quoi rien n’arrive pour rien!

En mode survie

Avec tout ce qui s’était passé pendant l’été 2025, mon corps est entré en mode survie complet pendant cette période. J’avais l’impression de ne presque plus être capable de fonctionner normalement. J’ai dû recommencer la thérapie, parce que j’étais profondément malheureuse de vivre au Bénin, tout en sachant qu’on ne pouvait pas simplement faire nos valises et partir.

Jusqu’à ce moment-là, il y avait déjà eu beaucoup de hauts et de bas, avec quelques breakdowns quand les choses devenaient trop difficiles, mais j’avais toujours réussi à travailler sur mon mindset et à passer au travers. Cette fois-ci, par contre, après une hospitalisation et deux accidents de voiture raprochés, c’était trop. Je ne me sentais plus en sécurité dans ce pays. Surtout parce que je n’avais pas confiance dans le système de santé si quelque chose de plus grave devait arriver. Et avec tout ce qui s’était déjà produit, la probabilité que quelque chose d’autre arrive me semblait élevée.

Alors j’avais peur. Tout le temps. Toujours en état d’alerte maximale. Je ne voulais plus être ici. J’étais à bout. Tannée d’avoir peur que quelque chose arrive et que les médecins ne puissent rien faire. Tannée de ne pas me sentir en sécurité.

C’est là que ma thérapeute m’a expliqué que j’étais en mode survie et que mon système nerveux était surstimulé, constamment en alerte, à scruter le moindre danger potentiel. J’étais épuisée.

J’ai donc mis mes activités quotidiennes sur pause et je me suis concentrée uniquement sur une chose : me sentir en sécurité à nouveau. Je me suis enveloppée dans une couverture douce et j’ai binge watch des vieilles séries télé qui me font du bien (coucou Gilmore Girls), écouté de la musique en Hz, médité, écrit dans mon journal, etc.

Puis on est partis pour des longues vacances en août, puis encore en septembre. Ces pauses-là loin de la vie au Bénin m’ont fait énormément de bien.

Les bons côtés

J’ai beaucoup parlé des défis que j’ai vécus pendant mes années au Bénin. Honnêtement, ce sont ces aspects-là qui ont occupé la majorité de mon espace mental et c’est dommage, parce qu’au final, la plupart sont dûs à de la pure malchance.

Je connais et je fréquente plusieurs autres expatriés qui vivent une expérience complètement différente ici : pas de problèmes de maison, pas de pépins de santé, pas d’accident de voiture (pas encore du moins!). Quand j’essaie d’imaginer ce qu’aurait été ma vie sans ces problèmes lourds et constants, je pense sincèrement que j’aurais beaucoup plus apprécié mon temps ici. Les aspects positifs n’auraient pas été autant éclipsés par toute cette accumulation de négatif.

Parce que oui, il y a aussi des bons côtés à être ici.

Le premier, c’est le rythme de vie relax. À Cotonou, tout est tellement plus tranquille. Les fins de semaine, on peut aller lire ou retrouver des amis dans un restaurant sur la plage, les pieds dans le sable, avec une bonne dose de vitamine D. On joue aussi au tennis et au padel, et les terrains sont vraiment beaux et bien entretenus. La semaine, je vais au gym et les coachs sont compétents et super gentils. J’adore ça.

L’autre chose que j’apprécie ici, c’est à quel point les gens peuvent être débrouillards et serviables (quand ils en ont envie…). Par exemple, on fait une crevaison après avoir roulé sur une vis dans notre rue. Un ami d’un ami de notre agent de sécurité est venu chez nous, a levé la voiture, est parti avec la roue, l’a fait réparer dans le garage de son cousin, est revenu et l’a réinstallée… le tout en moins d’une heure. Coût total : 10 000 FCFA (environ 15 euros). J’étais franchement impressionnée. Chez nous, ça aurait été un processus beaucoup plus long… et beaucoup plus cher.

On voit aussi des inventions vraiment créatives, par exemple des jouets pour enfants fabriqués à partir de matériaux recyclés. Les gens ici utilisent des choses qui seraient tout simplement jetées ailleurs. Bien sûr, en partie parce que les moyens financiers ne sont pas toujours là… mais ça n’enlève rien à la beauté de cette créativité. Je trouve ça admirable.

J’aime aussi la chaleur humaine qu’on ressent au premier contact. Les gens sont généralement accueillants, souriants, bienveillants. Ça crée une ambiance chaleureuse au quotidien, et c’est agréable d’être entourée de ça.

Certaines personnes sont devenues partie intégrante de ma routine : ma caissière préférée au Super U (l’épicerie française), la dame au marché local qui me vend mes fruits et légumes, les agents de sécurité qui veillent sur notre maison 24/7, notre femme de ménage… Ils sont tous devenus, à leur façon, une partie de notre « famille béninoise ». Ces personnes, et leur gentillesse, ont réellement apporté du positif à mon expérience ici. Et pour ça, je leur en suis profondément reconnaissante.

Les quelques mois qu’il nous reste ici

Il nous reste maintenant moins de cinq mois au Bénin avant de passer à notre prochaine affectation diplomatique (New York, nous voilà !). Le simple fait de savoir qu’il reste si peu de temps et qu’on sait enfin ce qui nous attend après a vraiment enlevé un poids énorme de sur mes épaules. Je me sens enfin plus légère et détendue. Et ça fait vraiment du bien après avoir vécu en mode survie pendant de longs mois.

Au cours de la dernière année, avec les péripéties qui s’enchaînaient sans arrêt, j’avais de la difficulté à garder ma tête hors de l’eau. Je ne voyais plus la lumière au bout du tunnel. Je commençais à ressentir du ressentiment envers le pays dans lequel je vivais. J’avais l’impression d’être prise dans un endroit où je ne voulais pas être, sans pouvoir rien y faire. Le temps qu’il nous restait me semblait interminable.

Mais maintenant qu’il ne reste que quelques mois, je me sens comme à notre arrivée ici il y a presque trois ans : excitée. Soudainement, les petites irritations du quotidien ne m’atteignent plus autant. Je laisse aller. Tu veux conduire comme un fou sur la route? Vas-y! Tu veux réparer quelque chose tout croche et revenir quatre fois la même semaine? Fais-toi plaisir! La vie est plus légère parce que je sais que la fin approche. Et je suis tellement enthousiaste face au nouveau chapitre qu’on va écrire à New York. En ce moment, j’ai l’impression que rien ne peut venir troubler ma paix intérieure.

J’aurais aimé que mon expérience au Bénin soit plus positive. J’envie les expatriés qui sont tristes à l’idée de partir. J’aurais aimé tomber en amour avec cet endroit. D’autant plus que certaines personnes m’ont fait sentir coupable d’avoir de la difficulté à vivre ici, ce qui n’a pas aidé. Je me suis sentie invalidée dans mon expérience.

Est-ce que j’aurais pu mieux gérer les défis qu’on a traversés? Probablement! Mais honnêtement, je sens que j’ai fait de mon mieux dans chaque situation. À travers tout ça, j’ai aussi appris que je suis une personne hypersensible, hypervigilante et très analytique. Et évidemment, ces traits de personnalité ont influencé mon expérience ici.

Ma dentiste (béninoise) m’a récemment dit qu’elle connaissait plusieurs expatriés qui avaient quitté le Bénin bien plus rapidement que moi parce qu’ils trouvaient ça trop difficile et que même elle, si elle avait vécu tout ce que j’ai vécu, aurait probablement trouvé ça difficile aussi. Ça m’a fait du bien d’entendre ça.

Au final, je suis quand même contente qu’on ait dit oui à cette aventure. Ça a été beaucoup plus difficile que je ne l’avais imaginé, mais je suis reconnaissante pour tout ce que ça m’a appris. Et professionnellement, ça a aussi été un bon choix pour la suite de notre carrière diplomatique (obtenir NYC !).

Ça m’a aussi fait réaliser qu’à ce stade-ci de ma vie, je ne recherche plus la même adrénaline qu’il y a dix ans quand je vivais à l’étranger. Peut-être que je ne suis plus aussi aventurière qu’avant. Et c’est correct. Je suis à un autre endroit dans ma vie et j’aspire simplement à d’autres genres d’aventures. J’ai hâte de voir ce que la vie nous réserve pour la suite. Restez à l’affut…

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